Les cinq principes de la morale sociale

 

 ( article de La Pira paru dans L’Osservatore Romano de 26-27 décembre 1939)


Premier principe : les hommes sont tous frères parce qu’ils sont tous des créatures du Dieu unique et tous rachetés par le Sauveur unique. […] Si une doctrine attaque cette base de l’évangile, elle est antichrétienne. Elle doit être repoussée en tant qu’inhumaine. Elle est mauvaise, elle provient de Caïn. Elle n’est en aucune façon conforme à la bonté divine du Christ. […]

Deuxième principe : ces frères ne sont pas « isolés ». L’amour qui les unit en Dieu et entre eux est organique, c’est-à-dire qu’il les dispose comme membre d’un unique organisme, comme parties d’un seul corps, du corps mystique du Christ. (…) Voilà la vision divine de la vie : elle embrasse ciel et terre, passé et présent, présent et futur. Elle fait converger la cité terrestre et la cité céleste.

Troisième principe : chaque créature humaine, comme d’ailleurs toutes les autres, a une tâche à accomplir dans la vie. Chacun est un ouvrier à qui Dieu lui-même assigne l’œuvre à accomplir. […] Je ne travaille pas pour tuer ou pour écraser mon frère. Je travaille pour lui quand je travaille à l’édification de ma vraie demeure, quand je travaille illuminé par la lumière de la raison et encore plus par celle de la foi. Je trace le sillon de ma terre, mais le grain que je sème donnera du blé pour de nombreuses personnes, pour tout le monde ! Je travaille libre, je travaille avec amour […].

Quatrième principe : l’ordre du corps mystique, de la cité de Dieu, est gradué […] ma famille est sacrée. Dieu le veut. Ma ville est sacrée, ma patrie est sacrée, mon peuple est sacré et, dès lors, la famille, la ville, la patrie et le peuple de mes frères sont sacrés.

Cinquième principe : les quatre principes précédents sont vrais dans l’ordre surnaturel et le sont tout autant dans l’ordre naturel. Parce que la grâce ne fait que bonifier et élever la nature : elle travaille comme œuvre la nature, dans la même direction, selon les mêmes lois et les mêmes inclinations, vraies et bonnes. L’Évangile est aussi révélateur de l’ordre naturel !